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Lâcher prise vous fait peur ? C’est votre système nerveux qui vous protège
Si lâcher prise vous fait peur, ce n'est pas un défaut de caractère. Pour un système nerveux marqué par le trauma, lâcher = danger. La sécurité s'installe d'abord.
Pourquoi lâcher prise me fait peur ?
Parce qu’à l’endroit où ça se décide en vous, lâcher prise n’est pas une bonne nouvelle. C’est une menace. Ce que vous tenez n’est pas un défaut, c’est ce qui vous a tenue. Le contrôle, l’anticipation, la lecture continue de l’ambiance autour de vous — tout cela a été appris quand il fallait l’apprendre. Le demander à votre tête de s’arrêter ne change rien à ce que votre corps, lui, sait.
Vous le sentez bien. Vous lisez sur le sujet, vous comprenez intellectuellement, vous voulez. Et puis le moment vient où il faudrait simplement s’asseoir, ne rien faire, laisser. La gorge se serre. La respiration se raccourcit. Quelque chose monte qui ressemble à un non venu d’ailleurs, plus profond que la décision. Une vague émotionnelle qui dit : pas ici, pas maintenant, pas encore.
Ce non n’est pas votre ennemi. C’est une part de vous qui, longtemps, a fait son travail. Lui demander de céder sans rien lui offrir en échange, c’est lui demander de désarmer dans un endroit qu’elle n’estime pas sûr.
Si lâcher = danger, comment retrouver la sécurité ?
Il faut comprendre ce qui se passe en vous, sans le compliquer. Votre système nerveux fonctionne, en gros, dans trois états. Chacun a sa logique, son utilité, sa chimie.
Le chercheur américain Stephen Porges, qui a formalisé cette lecture du système nerveux dans la théorie polyvagale, résume ainsi l’enjeu clinique : « Si vous voulez améliorer le monde, commencez par faire en sorte que les gens se sentent plus en sécurité. » C’est exactement le point de départ de mon travail en séance.
Le premier, c’est l’état de sécurité. Quand votre système le considère comme acquis, le souffle se pose, le visage se détend, la voix retrouve son timbre, vous vous sentez disponible aux autres et à vous-même. C’est le seul état où la véritable connexion devient possible — pas la performance de connexion, la connexion réelle. C’est aussi le seul état où l’on peut vraiment aller mieux. Pas par décision. Par disponibilité.
Le second, c’est l’état de mobilisation. Le corps se prépare à lutter ou à fuir. Le rythme cardiaque accélère, l’attention se rétrécit sur la menace, la chimie tourne au cortisol et à l’adrénaline. C’est l’état que beaucoup de clientes habitent sans même le remarquer — productivité tendue, hypervigilance, irritabilité diffuse, sommeil léger. On a fini par appeler ça leur tempérament.
Le troisième, c’est l’effondrement. Quand la mobilisation ne sert plus à rien, le système descend la garde par anesthésie. Vidée, dissociée, le réel un peu loin, comme derrière une vitre. Ce n’est pas de la paresse. C’est une protection ancienne qui dit : si je ne peux pas me battre, je m’éteins.
Tant que vous n’êtes pas, au moins par moments, dans le premier état, le lâcher prise ne peut pas se produire. Pas parce que vous manquez de méthode, mais parce que les outils mêmes du lâcher prise — la confiance, l’ouverture, le repos — ne sont disponibles que là. Il n’y a pas de raccourci. La sécurité physiologique précède le mieux-être ; elle n’en est pas le résultat.
Mes parents anxieux m’ont-ils appris la peur du lâcher ?
Souvent, oui. Pas par leur faute. Par leur état.
Un nourrisson apprend la sécurité dans le système nerveux d’un autre adulte avant de l’apprendre dans le sien. Un parent qui était lui-même en mobilisation chronique — exigences, urgence, débordement, ou simplement angoisse silencieuse en arrière-plan — n’a pas pu offrir un système nerveux apaisé dans lequel se régler. Un parent en effondrement — épuisé, dépressif, présent mais éteint — non plus, par un autre chemin. L’enfant grandit en se modelant sur ce qui était là, parce qu’il n’a pas le choix.
Et puis il y a les histoires plus dures. Une enfance où la colère pouvait éclater n’importe quand. Une famille où l’on devait deviner l’humeur du jour avant de respirer. Un parent malade qu’il fallait protéger en effaçant ses propres besoins. Un choc émotionnel précoce — un deuil, une séparation, une migration — qui a inscrit dans le corps que le calme était une trêve, jamais un état stable.
Si vous reconnaissez quelque chose là-dedans, vous comprenez peut-être autrement ce que vous traînez. Ce n’est pas votre caractère. C’est une trace. Posée tôt. Qui a fait son travail très bien, longtemps, et qui n’a pas reçu, depuis, le signal qu’elle pouvait se reposer.
Pourquoi mes outils habituels ne suffisent pas à installer la sécurité ?
Parce qu’ils s’adressent presque tous à votre tête. Et la tête n’est pas la couche qui décide de votre état physiologique.
Les techniques cognitives sont précieuses — comprendre, nommer, restructurer. Mais elles parlent au cortex. La part de vous qui maintient l’alerte, elle, est plus ancienne, plus rapide, plus profonde. Elle ne lit pas vos arguments. Elle réside dans votre système nerveux. Et elle lit des signaux : la qualité de votre souffle, le ton d’une voix, le regard de la personne en face, la sensation des appuis sous votre corps. Tant que ces signaux disent tendu, tout ce que votre tête raconte n’a pas de prise. Vous le savez bien. Vous avez tenté de raisonner vos émotions pendant des années et elles ne se sont pas calmées pour autant.
Cela ne veut pas dire que vous avez perdu votre temps. Cela veut dire que la compréhension est nécessaire mais pas suffisante. Pour que le système nerveux change d’état, il faut une expérience qui passe par le canal somatique — le souffle qui ralentit pour de bon, le corps qui se pose pour de bon, l’attention qui quitte la rumination pour habiter une sensation simple. Pas une fois, par accident. De façon répétée, dans un cadre où le corps peut enfin enregistrer que la sécurité, ici, est tenable.
C’est exactement ce que je travaille en séance, et c’est pour cela qu’on parle d’un travail somatique de reconnexion au corps après un trauma plutôt que d’une simple thérapie verbale.
L’hypnose ericksonienne installe-t-elle la sécurité ?
C’est précisément ce qu’elle fait, avant tout le reste. C’est même, dans ma pratique, son rôle premier — bien avant d’éventuelles suggestions, bien avant les métaphores, bien avant ce que les gens imaginent en pensant au mot « hypnose ».
L’état léger de conscience que favorise l’hypnose ericksonienne n’est ni du sommeil, ni une perte de contrôle, ni une suggestion magique. C’est un déplacement d’attention. La pensée s’allège, le souffle se ralentit, le corps se pose, l’écoute s’oriente vers l’intérieur. Pour beaucoup de clientes, c’est la première fois depuis longtemps qu’elles font l’expérience, dans leur propre corps, de la sécurité physiologique dont je parlais plus haut. Pas en lisant qu’elle existe. En la vivant.
Et c’est là que le vrai travail commence. Une fois que le système nerveux est reposé, vous pouvez dialoguer autrement — avec la part de vous qui tenait l’alerte, avec celle qui s’effondrait quand l’alerte ne servait plus, avec celle qui croyait que demander c’était mettre en danger. Ce dialogue, dans la lignée du travail des parties de soi (l’approche IFS, telle que je la pratique avec hypnose ericksonienne et PNL pour ancrer ce qui se découvre), n’est pas une mise en scène. C’est une rencontre. La part qui se tenait sur la pointe des pieds depuis l’enfance reçoit, parfois pour la première fois, le signal qu’elle peut se reposer. Pas qu’elle doit. Qu’elle peut.
Tenir cet espace demande une posture précise — assez stable pour que ces parties se montrent, assez douce pour qu’elles n’aient pas besoin de se défendre, assez fine pour qu’elles trouvent ce qu’elles cherchaient sans le savoir. Ce n’est pas une recette. C’est un travail de présence.
Comment commencer à m’autoriser un peu de lâcher en sécurité ?
Pas en grand. Surtout pas en grand. Si on demande à un système qui n’a jamais connu la sécurité d’y plonger d’un coup, il refuse — légitimement. Il faut commencer tout petit. La confiance se gagne lentement par l’expérience.
Une fenêtre de cinq minutes par jour que vous prenez totalement pour vous, pour être présente à vous-même. Pas pour méditer. Pas pour réfléchir. Juste pour sentir vos appuis — les pieds au sol, le bassin sur la chaise, le contact de l’air sur la peau du visage. Vous remarquerez, sans doute, que la pensée revient en quelques secondes. Ce n’est pas un échec, et vous pouvez juste observer avec amusement cette tentative de votre cortex pour reprendre le contrôle. Votre système n’est pas habitué à cet espace intérieur, et il y a souvent une sorte de peur de l’inconnu, de ce qui pourrait remonter. Vous reposez, doucement, l’attention sur les appuis. Encore. Encore. Vous ne forcez rien. Vous montrez à votre corps qu’on peut habiter le calme un instant sans que rien d’effrayant n’arrive.
Vous remarquerez aussi, avec le temps, des micro-bascules. Un souffle un peu plus long. Un visage qui s’adoucit dans le miroir. Un agacement qui retombe au lieu d’enfler. Vos proches le sentiront avant vous. Ils diront que vous êtes plus présente, plus posée. Vous mettrez du temps à le voir — c’est normal, le système nerveux change avant la perception consciente. Faites-leur confiance.
Et puis il y a les chemins plus structurés. Si l’inquiétude reste haute en arrière-plan en permanence, il y a sans doute à travailler du côté de l’anxiété et de ce qu’elle protège ; si le verrouillage tient à une histoire de trauma psychologique ou post-traumatique, c’est précisément cette couche-là qu’il s’agit d’aller rejoindre ; si vous repérez un scénario relationnel qui se répète et qui vous tient autant qu’il vous épuise, il a sa propre logique somatique à éclairer.
Combien de temps faut-il pour retrouver ce lâcher-prise ?
Souvent bien moins qu’on ne le craint. On ne raisonne pas un système nerveux : on lui fait vivre, en séance, l’expérience directe de la sécurité. Et cette expérience-là ne se compte pas en mois — elle va s’amorcer dès la première occasion.
Je vous le dis dès l’entretien téléphonique, parce que je n’y crois pas, à ces accompagnements qui s’étirent sur des années. Qu’une stratégie de survie se soit installée sur toute une enfance ne veut pas dire qu’il faille toute une vie pour lui offrir un autre repère. Ce qui compte, ce n’est pas de multiples séances : c’est que votre corps fasse, une fois, l’expérience qu’un autre état est possible en toute sécurité.
Souvent, une seule séance suffit pour créer ce déclic. À partir du moment où votre système a goûté à cette sécurité — parfois quelques secondes —, il sait qu’elle existe, et qu’il peut la retrouver de lui-même. C’est un état que vous portez déjà en vous ; mon rôle est simplement de favoriser son apparition, pas de vous « réparer ».
Les premiers signes arrivent d’ailleurs souvent plus vite que vous le pensiez. Soudain on remarque une nuit qui s’est passée différemment. Un repas pris assise vraiment, sans le téléphone. Un moment où vous remarquez que vous avez relâché les épaules sans qu’on vous le demande. Ce ne sont pas des miracles : ce sont les signaux que votre système a commencé à inscrire que cet état-là, lui aussi, est possible.
Pour aller plus loin
Quelques ressources que je recommande aux clientes qui veulent prolonger la lecture, par ordre de profondeur croissante.
Côté livres de vulgarisation :
- Clémence Peix Lavallée, Trouver ses forces intérieures (Odile Jacob, 2017) — utile pour repérer les ressources somatiques disponibles avant de pousser plus loin.
- Christophe Fauré, Vivre le deuil au jour le jour (Albin Michel, 2018) — précieux quand le verrouillage est lié à une perte non métabolisée.
- Catherine Vasey, Burn-out : le détecter et le prévenir (Jouvence) — pour comprendre l’épuisement comme bascule physiologique, pas comme faiblesse personnelle.
Côté lectures plus techniques pour qui veut creuser :
- Gérald Brassine & Nadia Tonglet, Surmonter le traumatisme (Satas, 2017) — approche francophone du trauma compatible avec ma pratique.
- Jérémy Nouen, À la lumière de nos traumas (Satas, 2023) — synthèse contemporaine particulièrement claire.
- Olivier Piedfort-Marin & Luise Reddemann, Psychothérapie des traumatismes complexes (Satas, 2016) — référence pour comprendre les traumas répétés, dans une lecture clinique francophone.
- Janina Fisher, Healing the Fragmented Selves of Trauma Survivors (Routledge, 2017) — pour les lectrices anglophones qui veulent un pont entre trauma et travail des parties de soi.
Quelques formats web utiles :
- Stephen Porges, site et vidéos publiques sur la théorie polyvagale — cadre scientifique sous-jacent à ce que je décris dans cet article.
- Bessel van der Kolk, conférences sur la mémoire somatique du trauma — auteur de The Body Keeps the Score, ouvrage de référence dans le champ.
- Richard Schwartz, page de l’IFS Institute — pour celles qui veulent comprendre le travail des parties de soi à la source.
Pour une vue d’ensemble organisée par thème, vous pouvez aussi consulter ma page de références sur le traumatisme.
Si vous reconnaissez ce que je viens de décrire — cette fatigue d’essayer de lâcher quelque chose qui refuse de se laisser lâcher, cette impression d’avoir tous les outils sans qu’aucun ne suffise —, je vous offre volontiers un entretien téléphonique de trente minutes, gratuit, pour qu’on regarde ensemble ce qui vous préoccupe.
Vous n’avez pas à mieux décider de lâcher. Vous avez à donner à votre corps l’opportunité de cesser de tenir.