Guérir d’un traumatisme psychique par l’hypnose conversationnelle

Peut-on guérir d'un traumatisme psychique ? Notre esprit va tout faire pour nous protéger de l'insupportable, jusqu'à ce que l'on dispose des ressources pour le gérer en sécurité. On pourrait parler de dissociation, de refoulement, d'évitement et d'hypervigilance. Si l'origine d'un traumatisme ne nous est plus forcément accessible consciemment, l'événement "non digéré" gouverne souvent inconsciemment nos comportements. Découvrons comment l'hypnose est l'une des rares techniques rapides permettant de revivre après un traumatisme.

On qualifie de traumatisme psychique toute situation qui :

  • confronte la personne à la possibilité de mourir (réellement ou symboliquement)
  • se produit de façon soudaine
  • place l’individu en position d’impuissance ou de passivité
  • semble ne pas avoir de sens aux yeux de la victime

Lorsque ces conditions sont réunies, le traumatisme psychique s’accompagne souvent d’un syndrome de stress post-traumatique (PTSD) essentiellement marqué par la présence répétitive, au présent, de l’événement avec sa charge émotionnelle négative (la personne ne peut s’empêcher de revivre en boucle les images et sensations, souvent également la nuit sous forme de cauchemars) ainsi qu’un vécu anxieux latent, parfois jusqu’à la présence d’attaques de panique.

Traumatisme psychique et mécanismes de protection

Notre esprit va tout faire pour nous protéger de l’insupportable, jusqu’à ce que l’on dispose des ressources pour le gérer en sécurité. On pourrait parler de dissociation, de refoulement, d’évitement et d’hypervigilance.

Si l’origine d’un traumatisme psychique ne nous est plus forcément accessible consciemment, l’événement “non digéré” gouverne souvent inconsciemment nos comportements. Nous nous protégeons d’autrui au point de ne pouvoir savourer une vraie relation d’intimité ; nous restons dans l’hypervigilance et l’hypercontrôle avec pour corollaire une forte tendance à anticiper tout ce qui pourrait mal se passer (anxiété) ; certains déclencheurs allument instantanément notre complexe amygdalien et des réponses du système limbique (fuir, agresser ou se figer – attaques de panique) alors que notre cerveau rationnel nous dit (avec un peu de retard) que nous sommes en sécurité.

J’ai eu en cabinet plusieurs clientes chez qui le conflit inconscient entre deux éléments absolument essentiels (par exemple sécurité et intimité) finissait par se traduire dans leur corps, comme si une maladie de la peau était la solution acceptable trouvée par notre inconscient pour préserver la cohabitation entre les deux opposés.

Le fait de ne pas avoir accès consciemment à l’origine de tout cela est frustrant, cela ne fait souvent pas de sens, et la personne souffre avec impuissance dans son corps, ses pensées, ses émotions et ses relations.

L’hypnose conversationnelle dans le traitement des traumatismes psychiques

Le travail avec une personne victime d’un traumatisme psychique impose une approche particulière afin d’éviter de ramener la personne sans protection vers son souvenir de l’événement traumatique ou activer l’un des déclencheurs. C’est spécialement vrai avec la transe hypnotique, qui permet de déjouer les sécurités mises en place par notre cerveau pour contenir l’innommable.

Pourtant toute autre approche basée sur le récit ou la correction cognitive de comportements, pour ne pas même parler des médicaments prescrits pour masquer les symptômes du traumatisme psychique, ne peut atteindre les couches inconscientes à l’origine du problème et donc permettre de le régler.

Alors que faire ?

Oublier un passé pénible ?

On me demande souvent s’il est possible avec l’hypnose de faire oublier un souvenir ! Des phénomènes amnésiques peuvent effectivement être induits par l’hypnose (tout comme nous “oublions” parfois naturellement où nous avons déposé nos clés, ce qu’il fallait absolument acheter au supermarché, ou l’endroit où nous avions parqué notre voiture). On oublie… mais on fini par retrouver et rien n’a été résolu. Cette stratégie d’évitement est donc, comme toutes les autres d’ailleurs, inadaptée sur le long terme.

Changer un souvenir avec l’hypnose ?

C’est un autre type de demande qui m’est parfois adressée. Il est effectivement facile de modifier un souvenir, que ce soit avec l’hypnose mais pas seulement.

Imaginez une discussion entre collègues à la pause : “Tu te rappelles comment X était habillée lors de la soirée du personnel, c’en était presque comique…“. – “Ah bon ? Elle avait sa robe […]. De quoi tu parles ?” – “Mais pas du tout, elle portait […] .” Une photo retrouvée permettra certainement de départager les deux souvenirs… et la personne dont le souvenir était différent verra ce dernier se transformer. Si vous la questionnez ultérieurement sur cet événement, elle se remémorera (probablement) les détails corrects.

Cela nous est déjà arrivé à tous, et pas besoin d’hypnose pour cela… Dans le cas d’un souvenir traumatique, le problème ne se trouve pas à ce niveau. Il ne s’agit pas tant d’un souvenir pénible, mais d’un événement qui reste vivace au présent. Il n’a justement pas été archivé en événement passé, en souvenir. Ce n’est donc pas une approche valide.

L’approche de l’hypnose classique

En hypnose classique, on pourrait installer une solide “safe place” puis suggérer que “Pendant que votre esprit conscient se concentre sur ma voix… votre esprit inconscient recherche tous les éléments du problème… et à son rythme répare ce qui doit être réparé, etc…”. On y va sans y aller vraiment, en laissant l’esprit libre de faire au mieux. On répète toutes les variations possibles de cette suggestions, puis on attend…

Il est également courant de tenter de dissocier son client de l’émotion du traumatisme afin de lui permettre de reconsidérer “sereinement” ce qui s’est passé. Oui mais… ce qui s’est passé s’est effectivement passé, et nulle vision adulte de ce moment ne va rendre acceptable l’inacceptable, consoler l’enfant intérieur et lui permettre de grandir ne suffira malheureusement pas.

Cette approche fait entrer le client en transe avec son traumatisme, réduit la protection apportée par le filtre entre conscience et éléments inconscients (ce qui risque d’amener à des abréactions), et laisse toute liberté à l’inconscient pour faire au mieux (ce qu’il fait déjà…!).

Une approche possible en hypnose conversationnelle

En hypnose conversationnelle, une approche intéressante consiste à laisser notre client(e) “traduire” sa réalité problématique dans une métaphore symbolique (émotionnelle mais sûre), puis à guider l’histoire transposée vers une résolution libératrice. Par analogie, notre esprit est tout à fait capable de prendre ce qui est intéressant de cette résolution métaphorique et de la transposer dans la réalité. Les thérapeutes intéressés connaissent probablement le Clean Langage de David Groove.

Il est donc particulièrement intéressant de procéder pas à pas, en suivant le rythme proposé par l’inconscient de notre client, et en résolvant nœud par nœud tout ce qui a découlé du traumatisme (culpabilité, deuil, etc.). Cette approche permet de garantir la sécurité de notre client en lui permettant de gérer et digérer la charge émotionnelle morceau par morceau. La victime prend ainsi progressivement confiance en sa capacité à “y aller” en sécurité, à son rythme, et petit à petit l’inconscient apprend ce processus de digestion sécure… jusqu’à ce que tout soit transformé.

Et bien entendu, il ne serait pas du tout opportun de tester en séance le succès de notre intervention en suggérant à nos clients des contextes traumatiques…

Sécurité avant tout !

Chaque client étant différent, l’approche choisie pour neutraliser la charge émotionnelle du traumatisme psychique sera adaptée mais la sécurité de la personne qui nous fait confiance pour la guider dans cette navigation périlleuse restera toujours notre principale préoccupation.