Pourquoi vérifions-nous en permanence notre niveau d’anxiété et comment stopper ce processus mental

Nous savons que porter notre attention sur l'anxiété que l'on peut ressentir va exacerber cette émotion. Et pourtant impossible d'arrêter. Comment se sortir de cette boucle qui nous prend toute notre énergie ?

« Arrête de vérifier en permanence ton niveau d’anxiété, tu ne fais qu’empirer la situation ! »

Nous entendons ce conseil tout le temps. Ce n’est un secret pour personne que, lorsque nous souffrons d’une anxiété sévère au point que cette émotion elle-même est devenue notre principale préoccupation, l’autosurveillance répétée et les vérifications internes que nous effectuons en permanence contribuent largement à perpétuer et même à amplifier nos troubles anxieux.

Maintenant, si le conseil est judicieux, comme pour beaucoup de choses dans la vie, c’est plus facile à dire qu’à faire.

Je vais vous expliquer pourquoi il est si difficile d’arrêter de vérifier les signes d’anxiété. Mais je vais également vous montrer comment nous pouvons le faire lorsque nous changeons de perspective et que nous pensons d’une manière légèrement différente.

Les processus de l’anxiété chronique

L’anxiété chronique a tendance à provoquer un sentiment d’isolement, comme si ce que nous ressentons était complètement différent de ce que vivent les personnes qui nous entourent. Cependant, bien que nous soyons tous des êtres humains uniques, avec notre propre façon de vivre nos réponses émotionnelles, il y a quelques éléments des troubles anxieux qui restent communs à presque tous ceux qui en souffrent.

La plus notable est l’habitude que nous prenons, à un moment donné, de vérifier systématiquement notre degré d’anxiété. Nous nous exerçons à l’autoévaluation, nous nous surprenons à effectuer régulièrement une sorte de vérification interne pour voir si oui ou non nous présentons l’un ou l’autre des signes révélateurs de notre trouble.

anxiété et insomnie

Le moment le plus courant pour le faire est le matin au réveil. Souvent, la toute première chose que nous faisons au réveil est de vérifier si notre anxiété est présente ou pas et, si nous trouvons quelque raison de nous inquiéter, nous savons pertinemment que la journée qui commence va être pénible. Mais ce que nous ne savons pas, c’est que vérifier si cette émotion est présente sera justement l’activité qui crée de l’anxiété, de la même manière que fouiller notre maison pour vérifier s’il n’y a pas d’intrus est largement susceptible de s’accompagner d’un certain degré d’inquiétude.

Procéder à une introspection pour voir si cette émotion désagréable va frapper aujourd’hui est une activité anxiogène. L’ironie de la chose, c’est que nous vérifions uniquement parce que nous voulons nous assurer que l’anxiété n’est pas là ! Alors que c’est justement le fait de vérifier qui rend cette émotion présente.

Une boucle inconsciente qui nous maintient emprisonné(e)

Vous savez probablement déjà tout cela. Mais n’est-il pas étrange que le fait de le savoir ne semble pas rendre plus facile le fait d’arrêter. C’est comme si une fois qu’on est pris dans la boucle, il est presque impossible d’en sortir rationnellement.

boucle mentale

En fait, il y a une très bonne raison pour laquelle cette situation se perpétue. Et ce n’est probablement pas ce que vous pensez.

Mais d’abord, la mauvaise nouvelle. Beaucoup de gens nous diront qu’essayer de ne pas faire quelque chose ne fonctionne pas parce que notre subconscient ne traite pas un négatif. L’exemple classique est : « Ne pensez pas à un éléphant rose ! » Cependant, il ne s’agit pas vraiment de ça.

En vérité, il s’agit plutôt du fait qu’en essayant de ne pas vérifier notre niveau d’anxiété, nous mettons simplement l’accent sur la chose que nous essayons d’ignorer. Et en ce qui concerne notre esprit, la règle simple ici est que tout ce sur quoi nous portons notre attention se développe.

Nous percevons l’anxiété comme une menace

Mais il y a une raison plus importante encore pour laquelle nous ne pouvons pas simplement arrêter de nous auto-analyser : nous vérifions parce que nous percevons l’anxiété comme une menace ! Il est difficile de cesser simplement de prêter attention à quelque chose qu’une partie de notre esprit considère comme un danger, quelque chose qui met en cause notre sécurité et qui exige logiquement notre attention. Nous ne pouvons pas simplement ignorer une menace. Dès que nous reconnaissons la présence d’un quelconque symptôme d’anxiété même léger, il s’amplifie à un niveau viscéral parce que notre esprit y réagit comme si nous venions de découvrir un intrus dans la maison.

En résumé, la raison pour laquelle notre esprit ressent une forte anxiété est que nous tentons de confirmer qu’il n’y a aucune anxiété présente. Et bien sûr, le niveau d’anxiété ne sera jamais nul puisque nous effectuons justement une action qui nous rend anxieux.

Une solution simple

Il y a cependant aussi de bonnes nouvelles et les troubles anxieux ne sont pas une fatalité. Peu importe depuis combien de temps nous sommes pris dans la boucle de l’hyper anxiété, ou les croyances d’impuissance que nous avons pu développer à ce sujet. Ramener l’anxiété à ce que nous considérons comme un niveau normal n’implique pas la prise de médicaments ni l’apprentissage de multiples techniques pour calmer cette émotion.

Il s’agit surtout de faire quelque chose différemment. Vérifier systématiquement votre niveau d’anxiété n’a jamais été une décision consciente que vous avez prise, vous n’avez jamais choisi d’ajouter cette activité à votre routine quotidienne. C’est simplement ce qui a commencé à se produire lorsque vous avez commencé à considérer l’anxiété comme un problème ! Notre cerveau est remarquablement bien fait, et lorsqu’une partie de votre subconscient a signalé une menace, votre esprit a commencé à la surveiller.

Il n’y a donc en fait qu’une seule chose que vous devez changer pour arrêter de perpétuer la réaction de forte anxiété : il s’agit de cesser de considérer l’anxiété comme une menace. Dès que nous reconnaissons que le fait de se sentir anxieux n’est pas dangereux, ni l’indicateur que quelque chose ne va pas en nous, notre subconscient cesse de le considérer comme quelque chose d’important. Et lorsque notre esprit cesse de considérer quelque chose comme important, il cesse de le rechercher en permanence. En fait, il cesse même d’y prêter attention lorsqu’elle est réellement présente.

Le changement se produit au moment où nous acceptons pleinement que l’anxiété n’est pas une menace

Mais ce moment passe souvent inaperçu.

Avant de commencer à ressentir les symptômes d’une forte anxiété, nous n’avons jamais vraiment remarqué que nous n’étions pas particulièrement anxieux. A moins de pratiquer la méditation, le yoga ou d’autres techniques de présence à l’instant présent, nous ne remarquons pas ce qui « n’existe pas », ce qui est normal et ne présente aucune menace. Ainsi, au lieu de prêter attention à nos niveaux d’anxiété, nous faisions probablement attention aux différents problèmes qui nous préoccupaient, comme le travail, l’argent, les relations, la santé, etc. Nous n’avons commencé à prêter attention à notre niveau d’anxiété que lorsque nous avons perçu cette émotion elle-même comme étant le problème.

C’est pourquoi le fait de réaliser que nos niveaux d’anxiété reviennent à un niveau fonctionnel normal est souvent quelque chose que nous remarquons rétrospectivement ; nous remarquions nos symptômes parce qu’il y avait un problème. Lorsqu’il n’y a pas ou plus de problème, nous ne le remarquons tout simplement pas.

Et la raison pour laquelle nous n’aurons pas à faire quoi que ce soit pour réduire cette anxiété est que le fait d’être dans un état constant stimulant nos réponses automatiques de lutte ou de fuite n’est pas notre état d’esprit par défaut. Notre esprit doit fournir un effort considérable pour nous maintenir dans cet état anxieux, raison pour laquelle nous nous sentons mentalement épuisé(e). Notre cerveau fait cet effort, aussi inconfortable que cela puisse paraître et aussi inutile que cela puisse être, parce qu’il perçoit une menace et maintient une concentration élevée sur elle. Mais notre état naturel est un état de calme, en paix et au repos. Lorsque nous cessons de nous sentir menacé, nous revenons spontanément à cet état naturel.

Quelles actions pouvez-vous entreprendre ?

Que pouvez-vous faire pour changer les choses aujourd’hui, pour commencer à enseigner à notre esprit qu’il n’y a rien à craindre de ce sentiment anxieux ?

L’anxiété légère est une émotion normale que nous ressentons probablement tous les jours, tant nous nous préoccupons de ce qui va nous arriver. Vais-je avoir le temps ? Comment est-ce que cela va se passer aujourd’hui au travail ? Ai-je pensé à tout ?

La prochaine fois que vous vous sentirez anxieux, faites moins attention à cette saine anxiété, et concentrez-vous plutôt sur ce qui vous inquiète spécifiquement. Soyez curieux de savoir ce que votre esprit essaie de vous dire ?

  • Est-ce qu’il attire votre attention sur quelque chose d’important dont vous devez vous occuper ou ne pas oublier ?
  • Exprime-t-il son inquiétude à propos de quelque chose pouvant survenir dans votre avenir immédiat ?
  • Et s’agit-il d’une situation sur laquelle vous pouvez agir, ou pour laquelle vous ne pouvez rien faire ?

Quelle est l’intention derrière votre anxiété ?

En gros, au lieu de vous inquiéter du fait que vous êtes anxieux, commencez à être curieux de l’objectif de ce sentiment désagréable, cherchez à comprendre ce que votre esprit considère comme important en ce moment. Et si la seule raison que vous pouvez trouver pour être anxieux est que vous vous inquiétez de l’anxiété que vous pourriez ressentir aujourd’hui, rappelez-vous que l’anxiété est normale. Même si cette émotion peut être inconfortable.

Si vous vous concentrez simplement sur la tâche à accomplir, en faisant de votre mieux, une légère anxiété ne vous empêchera pas d’accomplir ce que vous avez à faire et de tirer le meilleur parti de la journée à venir, au contraire.

Un processus inconscient

Il n’est peut-être pas facile d’arrêter de vérifier votre niveau d’anxiété car il s’agit d’un processus inconscient. Mais si vous vous surprenez à le faire et vous rappelez que ces sentiments d’anxiété sont naturels et qu’il n’y a rien à craindre, votre esprit s’en désintéressera rapidement. Vous ferez alors beaucoup moins de vérifications internes et vous vous sentirez beaucoup plus léger et capable d’affronter les difficultés de la vie.

Lorsque cela ne suffit pas, il devient nécessaire de s’intéresser aux éléments inconscients qui nourrissent cette boucle mentale.

Il peut s’agir de croyances identitaires néfastes du genre : “Je ne suis pas capable !” (et donc je ne le serai pas davantage par la suite), ou “Je n’ai pas assez confiance en moi” et ne suis pas sûr(e) de pouvoir gérer ce qui va se présenter.

Ces éléments peuvent également provenir d’un événement traumatique, digéré ou non, qui déclenche automatiquement une réaction de notre complexe amygdalien en défense (fuite, combat, ou panique impuissante).

L’usage des thérapies brèves et de l’Hypnose Conversationnelle

D’une manière générale, si l’anxiété s’est installée de façon chronique et ne veut pas disparaître par la démarche expliquée plus haut, le recours à un thérapeute pouvant guider à identifier et guérir ces éléments inconscients me semble indiqué.

Il est probable qu’un hypnothérapeute classique tentera d’agir sur les symptômes et stimulera la partie subconsciente de votre esprit à trouver des solutions adaptées.

Pour ma part, utilisant l’hypnose conversationnelle, j’aurais plutôt une approche visant à vous faire découvrir, par un jeu de question-réponse suivant le fil de vos réactions inconscientes, ces éléments jusque là cachés afin que vous puissiez rationnellement utiliser vos ressources personnelles pour faire évoluer vos croyances. De cette façon, vous gardez un total contrôle sur le processus (quelle personne anxieuse aime “se relaxer” et “fermer les yeux” pour entrer en transe en présence d’un inconnu ???). D’autre part, votre esprit apprend à reconnaître rationnellement la boucle de pensées qui vous fait tourner en rond, et à sortir volontairement de ce cercle.

Finalement, la possibilité de tester en cours de séance chaque progrès, chaque découverte, va cous confirmer votre capacité à reprendre le contrôle et à gérer en sécurité, ce qui va permettre aux mécanismes automatiques de protection de votre cerveau de retrouver un niveau d’alerte normal.